Le triomphe de l’élection sur le tirage au sort ?

helenelandemoreHélène Landemore, est maître de conférences en sciences politiques à l’université de Yale aux États-Unis.

Elle a donné une interview, parue dans le journal « l’humanité » du 06/01/2017, dans laquelle elle évoque les problèmes que posent les élections des représentants dans nos démocraties et démontre ce que pourrait apporter à la démocratie la désignation des représentants par tirage au sort. Elle préconise de reprendre le chemin qui n’a pas été emprunté au XVIIIe siècle, c’est-à-dire de revenir au tirage au sort.

C’est une analyse très intéressante et une philosophe politique à suivre (http://fr.helenelandemore.com)…

Si les intellectuels s’emparent enfin de ce sujet, il y a des raisons d’espérer que le sujet du tirage au sort apparaisse enfin dans nos débats politiques et qu’une réelle démocratie voit enfin le jour !

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Vous faites valoir, dans votre œuvre, l’idée d’intelligence collective articulée au concept de démocratie. En quoi cette idée est-elle novatrice ?

HELENE LANDEMORE. Je suis partie, effectivement, à un moment donné de mon travail universitaire, de la connexion de l’idée d’intelligence collective et de démocratie. Cette img1idée a donné lieu à la publication de mon premier livre en anglais en 2013 (1). L’idée que l’intelligence collective est une des raisons qui rendent la démocratie désirable n’est pas entièrement nouvelle. Il y avait, par exemple, le livre de James Surowiecki, publié sur le sujet en 2004 (2). On peut aussi remonter aux formulations d’Aristote sur les bénéfices politiques de « plusieurs têtes » et à tout un tas d’autres auteurs depuis. La nouveauté de mon argument, c’est de mettre l’accent sur la délibération inclusive, plutôt que la logique agrégative de la loi des grands nombres, et sur le lien entre inclusivité et diversité cognitive.[Sacré nouveauté !!!Je sais, elle commence fort mais ne vous découragez pas c’est nettement plus digeste par la suite…]. Je fais l’hypothèse que les assemblées délibératives démocratiques maximisent par défaut, parce qu’elles sont inclusives, la diversité des manières de réfléchir et d’aborder un problème, qui s’avère être un ingrédient essentiel de la capacité du groupe à résoudre des problèmes communs. Cet argument est nouveau parce que la plupart des gens pensent que pour avoir une assemblée intelligente, il faut surtout mettre des gens intelligents dedans, ce qui tend à favoriser les groupes d’experts ou de diplômés plutôt que les groupes de gens ordinaires, moins compétents individuellement mais plus divers collectivement. Une implication assez radicale de l’argument, c’est même en effet de préférer les groupes de citoyens tirés au sort aux assemblées élues. L’occasion d’approfondir ce thème sous un angle plus empirique m’a ensuite été donnée en Islande, en 2012, lors des événements qui ont suivi la crise financières de 2008 – 2009.

Quels sont les problèmes rencontrés par le paradigme de la démocratie représentative aujourd’hui ?

HELENE LANDEMORE. Traditionnellement, deux modèles de la démocratie dominent.img2 Il y a l’idée de la démocratie athénienne antique, considérée comme inapplicable avec les sociétés industrialisées et modernes, et celle de la démocratie représentative électorale, du gouvernement représentatif inventé au XVIIIe siècle et qui s’est imposé depuis. Aujourd’hui, il semble qu’on ait atteint les limites de ce deuxième modèle. D’abord, l’élection s’avère un mécanisme de transfert du consentement assez douteux. Et elle ne permet pas une représentation très satisfaisante. En réaction à ces faiblesses de l’élection, on observe aujourd’hui la tentation de court-circuiter le schéma classique de la représentation et de retourner aux théories et pratiques de la démocratie directe. Il me semble que nous en sommes venus au point où l’on a besoin d’un nouveau cadre conceptuel. Le mode du gouvernement représentatif est très élitiste en réalité. On peut le montrer en remontant à son fondement. C’est ce qu’a fait Bernard Manin dans ses Principes du gouvernement représentatif, un ouvrage essentiel à cet égard, publié en 1995 (3). Il montre que le XVIIIe siècle a été le triomphe de l’élection sur le principe de la sélection au hasard par tirage au sort parce que, finalement, cela permettait de maintenir l’aristocratie au pouvoir. Il montre aussi que l’élection est à double face, comme le dieu romain Janus. Elle à une face démocratique d’une part (parce qu’elle demande le consentement des gens) et un visage oligarchique de l’autre (parce qu’elle crée une élite). Ce que l’on ressent actuellement, c’est sa dimension oligarchique. L’idée, c’est de reprendre le chemin qui n’a pas été emprunté au XVIIIe siècle, c’est-à-dire de revenir au tirage au sort par exemple. C’est une sorte de pensée contre factuelle que j’essaie de développer. Certes je ne pense pas qu’on puisse abolir les systèmes existants et les remplacer par des systèmes complètement nouveaux qui seraient basés sur le tirage au sort. Mais il s’agit de s’inspirer de cette alternative imaginée pour modifier le système actuel et le réinventer. L’autre question, c’est qu’on a tendance à penser la démocratie sur le paradigme de l’état-nation alors qu’aujourd’hui il faut penser au-delà, au niveau des groupes d’états, des zones géographiques, et à l’échelle des organisations internationales. Au niveau européen, c’était un peu l’espoir. [ne soyons pas trop naïfs tout de même l’objectif de ceux qui ont imaginé l’Europe et participé à sa création, tout comme ceux qui ont inventé la démocratie représentative au XVIIIe siècle, était surtout de répondre aux injonctions du marché. La carotte démocratique n’étant qu’un moyen d’obtenir l’adhésion des peuples]. Sauf qu’on a fait de la construction économique sans vraie construction politique, qui aurait encadré le processus. Une construction européenne proprement politique, c’est ce que proposent aujourd’hui des gens comme Thomas Piketty ou Yanis Varoufakis. Thomas Piketty en reste cependant à une réponse technocratique. Il propose qu’on prenne un groupe de pays suffisamment similaires, comme la France et l’Allemagne, et que ces pays mettent en commun leurs dettes et développent une politique fiscale commune. Yanis Varoufakis a une approche plus processuelle. Il propose de redonner le pouvoir aux peuples européens et de les impliquer plus directement dans le processus de construction de l’UE. Il faut probablement combiner les deux approches, mais la priorité me paraît être le processuelle : trouver le moyen de donner une vraie voix aux citoyens européens sur la nature de l’Europe politique à construire. [Si tant est qu’il soit obligatoire de créer une UE ? Pourquoi faire ? Est-ce une nécessité ? Qu’est-ce que la France et les citoyens français ont à y gagner ?…]. Les référendums en fin de parcours, c’est un peu trop tard.

En quoi l’expérience islandaise témoigne de ce renouvellement ?

HELENE LANDEMORE. L’expérience islandaise, dans le mesure où elle a essayé d’inclure le plus de personnes img3possibles dans le processus qui a abouti à la proposition de nouvelle Constitution, participe de cet effort pour repenser la démocratie. Par exemple, le forum national, en amont du processus, a rassemblé 950 personnes tirées au sort, pour parler des valeurs de des principes à mettre au cœur de la proposition de Constitution. Il y a eu aussi, pendant le travail des constituants, le recours fait aux propositions publiques via internet, la phase de « crowdsourcing » proprement dite, qui a fait la célébrité du processus. C’est d’elle que sont venues certaines propositions comme l’article sur le droit des enfants ou le droit à Internet qu’on retrouve dans le texte final. Ces choix de « design » institutionnel sont des applications inspirées de la théorie de la « sagesse des foules ». Ils reflètent aussi un effort pour donner voix aux citoyens en amont et tout au long du processus, pas juste à la fin.

Est-ce que la crise politique actuelle ne réactualise pas également la problématique de la lute des classes ?

HELENE LANDEMORE. La question des classes n’a jamais vraiment disparu. Aujourd’hui, ce qui estimg4 intéressant, c’est que l’opposition entre le l % et les 99% domine les débats depuis le mouvement Occupy Wall Street. Mais c’est plus compliqué que cela parce que, quand on parle des 99%, on parle surtout de la classe moyenne occidentale. Or il n’y a pas que les questions de classe interne à l’Occident, il y a aussi les questions du clivage entre le monde occidental et le reste du monde. La classe moyenne occidentale, c’est le 1 % pour le reste du monde… Par ailleurs en Occident, les classes populaires sont exclues du débat, et même, de fait, des mobilisations (il n’y avait pas beaucoup de vrais pauvres dans les rassemblements Occupy). Clinton et Trump, au cours de la campagne électorale, n’ont jamais parlé des pauvres. Il n’y a personne qui parle des pauvres aux États—Unis. C’est une réalité tragique mais, comme ils ne votent pas, cela n’intéresse personne. Il y a encore le problème de l’argent en politique. C’est sans doute plus vrai aux États-Unis. Pour pouvoir accéder au pouvoir aux États-Unis, dans la plupart des cas, il faut avoir beaucoup d’argent. C’est un système qui invite la corruption. Ajoutez a ça la manière partisane dont les circonscriptions électorales sont dessinées et vous avez tous les ingrédients d’un système qui ne répond plus effectivement qu’aux 10 % les plus riches de la population. Cela dit, il y a aujourd’hui une vraie prise de conscience de ces problèmes. La question des inégalités économiques est redevenue centrale en Occident. La crise de 2008 est passée par là. On peut aussi créditer le livre de Thomas Piketty, le Capital au XXIE siècle, qui a été un pavé dans la mare quand il est sorti aux États Unis en 2013. Même l’idéologie longtemps dominante du libre-échange comme seul salut est remise en cause. On prend enfin au sérieux les questions de distribution des gains du libre-échange. La distribution actuelle est-elle juste ? Surtout, même si le libre-échange est globalement un jeu à somme positive, il y a de vrais grands perdants au niveau individuel, et on ne s’est pas beaucoup occupé d’eux. Cela, de plus en plus de gens admettent que ce n’est pas acceptable. On a les bons diagnostics, je pense, maintenant il faut des solutions. [Certes ! Commençons à nous pencher sur les prochaines élection présidentielles qui donneront certainement des résultats surprenants. Si nous voulons réellement changer, il faut commencer par ré-écrire les règles du jeux : la Constitution. Un candidat propose de réécrire la constitution … en introduisant le tirage au sort – dommage qu’on ne sache pas dans quelles proportions ! ]. Mais il y a aussi l’impact de l’idéologie du libre-échange qui a été dominante, même à gauche, et qui est remis en cause depuis 2008 notamment. L’année 2008 a été le moment où même les libertariens ont été obligés d’admettre que le libre-échange n’était pas tout bénéfice. C’était quelque chose que des gens disaient depuis des décennies. Le libre-échange a montré qu’il y avait des perdants et que ce sont ces perdants qui sont sacrifiés à l’ensemble.

Vous avez avancé l’idée qu’une transformation du modèle de la démocratie passait par une redéfinition de I’ « agenda setting ». Pouvez-vous préciser ce concept?

HÉLÈNE LANDEMORE. C’est une idée centrale. Être capable de définir les termes d’un débat, img5c’est la moitié du pouvoir. Or, nos démocraties sont fondées sur l’illusion que le pouvoir démocratique, c’est juste la décision finale. Mais cela, ce n’est que l’autre moitié du pouvoir. Définir les termes de la décision, de quoi l’on va parler et dans quelles conditions, c’est cela définir l’ « agenda setting ». Dans la démocratie des Grecs de l’Antiquité classique, il y avait une définition des termes de ce qui allait être délibéré et voté à l’assemblée populaire par un groupe de 500 citoyens tirés au sort, citoyens relativement ordinaires, qui était les décideurs de cet agenda. Et par ailleurs, il y avait des formes d’initiative populaire qui permettaient à tout citoyen de mettre une question à l’agenda de l’assemblée populaire. Ce qui se passe au XVIIIe siècle, c’est qu’on passe d’une conception de la démocratie comme exercice du pouvoir pas le citoyen ordinaire à une conception de la démocratie comme consentement au pouvoir des élites. On abandonne l’exercice de l’essentiel du pouvoir à des élites et on ne garde que la possibilité de changer d’élites de temps à autre ou de dire non à une question posée dans le référendum occasionnel. Cela a été une erreur historique. La délibération et la définition des options, en amont des élections ou des référendums, est essentielle. Bien sur, dans la théorie habermasienne par exemple, l’opinion publique informelle est censée avoir cette fonction d’ « agenda setter » pour le système politique formel. Mais aujourd’hui est-ce une lecture réaliste de ce qui se passe ? Selon moi, il est temps de passer à un autre modèle de démocratie, non plus représentative, mais post-représentative ou « ouverte ». Il s’agit d’imaginer de nouvelles avenues pour la participation des citoyens de façon à leur donner une influence réelle et parfois directe sur le contenu du débat. Cette idée de démocratie ouverte, c’est casser ce cycle où le peuple n’a son mot à dire que tous les quatre ou cinq ans au moment des élections ; en fait, là encore l’exemple islandais le montre de manière patente, les gens ont plein d’idées. On le voit aussi dans la créativité de choses comme Wikipédia par exemple aujourd’hui, qui était impensable il y a dix ans. C’est une des réussites de l’intelligence collective la plus spectaculaire. Mais il existe ou peut exister une foule de moyens et d’instruments susceptibles de capter l’intelligence collective. La démocratie devrait être un de ces instruments.

ENTRETIEN RÈALISÊ PAR JÊRÔME SKALSKI

(l) Democraric Reason: Politics, Collective intelligence, and the Rule of the Many, Princeton University Press, 2013.

(2) La Sagesse des foules, de Jomes Surowiecki. Éditions Jean—Claude Lattès, 2008.

(3) Principes du gouvernement représentatif, de Bernard Manin. 1995, rééd. Flammarion, coll. « Champs » , 1996.. Éditions Jean—Claude Lattès, 2008.

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Mensonges et renoncements

propagandejpfe13-6d7b5La propagande totalitaire n’a pas besoin de convaincre pour réussir et même que ce n’est pas là son but. Le but de la propagande est de produire le découragement des esprits, de persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l’inutilité de toute tentative de s’opposer à la diffusion du mensonge. Le but de la propagande est d’obtenir des individus qu’ils renoncent à la contredire, qu’ils n’y songent même plus. Cet intéressant résultat, l’abasourdissement médiatique l’obtient très naturellement par le moyen de ses mensonges incohérents, péremptoires et changeants, de ses révélations fracassantes et sans suite, de sa confusion bruyante de tous les instants.

George Orwell  1903 – 1950

Bienvenue au pays de Mickey ou Plutot de Donald !

images
Si on n’était toujours pas convaincu l’inutilité voir de la nocivité des élections en démocratie, avec l’élection de Donald Trump aux États Unis on est servis !

En effet, ceux qui critiquent la désignation des représentants par tirage au sort en invoquant le risque de désignation d’aventuriers incontrôlables vont maintenant se trouver un peu à court d’arguments…

Donald est élu à la tête du pays le plus puissant(militairement) du monde ! Celui-la même qui a raconté les choses les plus invraisemblables dans les primaires a été choisi par la majorité(?) des Américains !

Pourtant qu’a t-il de plus qu’un collectif de citoyens n’aurait pas ce Donald ?
Je rappelle que lorsque on parle de gouvernance désignée par tirage au sort, cela ne concerne pas un éventuel chef puisque « par définition » il n’y en a pas. Un gouvernement issu du tirage au sort fonctionne de façon collective et ce collectif est issu d’une désignation par tirage au sort comme dans les jurys d’assise. En Suisse par exemple, même si ce n’est pas le tirage au sort qui le désigne, c’est un collectif qui statue et dirige le pays. Le président élu pour 1 an n’a qu’un rôle de représentation. D’ailleurs il est quasiment inconnu…

> Un président élu est-il plus représentatif ?
Il faut espérer que non, sinon et si l’on en croit tout ce qui a été dit sur lui, ce grand pays démocratique est un endroit bien peu fréquentable…

> Un président élu est-il moins risqué pour l’avenir du pays ?
Évidement, il est un peu tôt pour tirer des conclusions au lendemain de son élection mais d’ores et déjà et si on s’en tient à ses promesses, on peut dire que l’avenir s’annonce très sombre pour la démocratie, la réduction des inégalités, la justice sociale voire les droits de l’homme…

> Un président élu est-il plus compétent pour gérer le pays ?
Sur ce plan les États-Unis nous ont déjà habitués à désigner des citoyens aux compétences pour le moins discutables. Tantôt un acteur de cinéma très moyen voire médiocre, tantôt un fils à papa ancien alcoolique, complètement halluciné par des croyance religieuse débiles et maintenant un business-man obnubilé par l’enrichissement personnel sans soucis du respect des lois…

Si le comportement et les propos de Donald ont séduit une grande partie de l’électorat américain, il y a fort à parier que cela se reproduise en France pour les élections présidentielles de 2017 et nous risquons d’avoir des grosses surprises ! Il faut noter que les électeurs ont choisi ce personnage malgré la diabolisation qui en a été faite par les médias de masse et les sondages qui le donnaient perdant.

Face à ce constat, quelles leçons à en tirer ?
1 – Les électeurs refusent les grands partis en place qui se passent le pouvoir au gré des échéances électorales.
2 – Les électeurs ne veulent pas de cette société mondialisée qui les met en danger et les exclu de plus en plus.
3 – Les électeurs sont prêts à voter pour celui ou celle qui ira à contre courant du système politique actuel même si celui-ci ou celle-ci tient des propos extrêmes.
4 – Les pauvres sont capables de voter pour un candidat qui se moque bien de leur sort.
5 – Les électeurs sont prêts pour un vrai changement de gouvernance !

Il me semble que ces conclusions peuvent s’appliquer en France car si j’en crois les propos tenus par bon nombre de mes relations, c’est également ce que ressentent une grande partie de nos concitoyens.

Alors avec l’élection (surprise ?) de l’ami de Mickey aux États-Unis, je crois qu’il est temps de réfléchir à notre futur bulletin de vote pour les présidentielles de 2017 et de se demander quel candidat suffisamment « visible » sera en mesure de réellement rompre avec les alternances molles qui se succèdent et qui ne changent pas notre quotidien, bien au contraire.
Aujourd’hui je ne connais qu’un seul candidat capable d’incarner réellement ce changement en introduisant le tirage au sort dans la vie politique, c’est Jean-Luc Mélenchon et son mouvement JLM2017. Espérons que d’autres suivent son exemple…

MP

Pour le rattachement de la France à la Wallonie

Ces temps-ci je suis pris d’une énorme flemme alors je me laisse aller au copier/coller. Je sais c’est pas très bien mais quand il s’agit d’un article de Fakir je n’hésite pas. D’ailleurs n’hésitez pas non plus à vous abonner à ce journal qui fait beaucoup de bien à l’esprit.

Voici l’article « Pour le rattachement de la France à la Wallonie« .

On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Le Parlement wallon, seul sur le continent, s’est opposé au CETA, le traité de libre-échange avec le Canada. Et du coup, on lit dans les journaux que « la Wallonie bloque l’Europe ».

Mais non, au contraire : c’est la Wallonie qui fait avancer l’Europe.
Qui la fait avancer sur le chemin de la démocratie.
Car qu’on sonde les peuples sur ce CETA, et sur tous les autres traités du même genre : de Varsovie jusqu’à Madrid, de Copenhague jusqu’à Athènes, on en fera du papier pour se torcher.

Côté français, on a trouvé la solution.
Exemplairement démocratique.
« C’est trop facile de suivre les opinions publiques », alerte Emmanuel Macron. Bien sûr, on ne va pas faire voter le peuple : trop risqué.
Mais on ne va pas non plus faire voter l’Assemblée… ou du moins, pas avant les élections ! On verra ça après, dans un an, alors que le CETA sera déjà entériné.

Aussi, la Commission européenne adresse-t-elle un « ultimatum » à la Wallonie, qui « bloque » et « prend en otage » ce traité de libre-échange.
Résistez, wallons !

En votre honneur, nous qui militons plutôt pour une GPS, Grande Picardie Socialiste, qui irait de Paris jusqu’à Bruxelles, eh bien, nous retournons notre veste. Nous acceptons votre suprématie. Nous réclamons le rattachement de la France à la Wallonie !

Voir en ligne : Signez la pétition !

Un salaire à vie !

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Un salaire à vie selon Bernard FRIOT (« L’enjeu du salaire » – Éditions La dispute)

Dans son livre, Bernard FRIOT fait une proposition décapante et révolutionnaire : donner un salaire à chacun dès sa majorité ! Ce salaire évoluera durant sa carrière en fonction de sa qualification.

Cette proposition mérite toute notre attention car tout comme le tirage au sort des représentants pour gouverner implique et change le rapport des citoyens vis à vis de la politique; le salaire à vie change le rapport des salariés vis à vis du travail, des employeurs et de la qualification professionnelle.

Cette proposition qui semble très novatrice de prime abord n’a en réalité rien de très nouveau puisque bon nombre de citoyens disposent à l’heure actuelle d’un salaire à vie. C’est le cas par exemple des fonctionnaires(enseignants, personnel hospitalier, militaires, …) mais aussi de tous les retraités et chacun d’entre nous sommes ou serons bénéficiaires à un moment donné du salaire à vie. Bernard FRIOT propose de le généraliser au maximum à l’ensemble des citoyens.

Le salaire à vie est une solution radicale et très efficace pour lutter contre le chômage qui gangrène nos sociétés depuis l’accélération du développement du capitalisme financier (également appelé libéralisme pour mieux nous faire avaler le concept !) dans les années 70.

Selon lui le constat est le suivant : « … Patronat et banquiers pratiquent le chantage à l’emploi et à la dette pour réduire les droits sociaux…« . L’arrêt de cette soumission est possible « … à condition d’attribuer à chacun, à sa majorité une qualification et donc un salaire… »

L’une des premières remarques qui nous vient à l’esprit et qui est très souvent faite est qu’un salaire à vie va forcément développer la fainéantise et brider l’intérêt des citoyens pour l’activité professionnelle (pour le travail).
Bernard FRIOT fait lui remarquer que « …Quant à ne plus rien faire si on a un salaire à vie, cette opinion appelle plusieurs remarques. D’abord, c’est une intention qu’on prête toujours aux autres: interrogés sur le fait de savoir s’ils continueront de travailler avec un salaire à vie, les sondés répondent qu’eux continueront, mais pas les autres. Ensuite, ceux qui ne font rien sont bien moins dangereux que tant qui font aujourd’hui. Mieux vaut ne rien faire que d’être une inspectrice d’académie appliquée à détricoter la fonction publique ou un ouvrier fabricant des semences stériles pour Monsanto... »

« … Entrer dans un collectif de travail, en sortir(y compris contre son gré), monter une entreprise et constituer un collectif de travail, entretenir un réseau de pairs, se former, changer de statut(de fonctionnaire à privé, de membre d’une entreprise à indépendant), changer de métier, passer des épreuves de qualification, assurer le respect de ses droits, tout cela, qui sera plus facile et donc beaucoup plus courant qu’aujourd’hui du fait de l’horizon long qu’apportera à chacun l’irrévocabilité de son salaire, supposera un accès effectif tant aux syndicat qu’aux professionnels de l’accompagnement, dont le rôle sera accru... »

Le système actuel, basé sur un « marché du travail » et donc un chômage permanent est-il nécessaire à l’activité économique d’une société, d’un pays ? Selon Bernard FRIOT, « …Non pas de le contenir, non pas de bouger le curseur de la répartition de la valeur ajoutée en faveur du salaire et au détriment du profit, mais de se passer des capitalistes, d’affecter toute la valeur ajoutée au salaire, y compris la part qui doit aller à l’investissement. Nous n’avons besoin pour travailler ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs, et nous le pouvons depuis soixante ans dans les pays capitalistes les plus avancés… »
Cela a le mérite d’être clair ! La réponse est : non !

Comment faire cette révolution ? Par quels mécanismes économiques est il possible de passer du système actuel à un système économique sans capitalisme ?
La proposition de Bernard FRIOT est simple, « … il faut étendre la cotisation en créant une cotisation économique pour un financement de l’investissement sans crédit et donc sans dette... ». Autrement dit, l’entreprise ne verse plus de salaire aux salariés mais cotise l’intégralité du salaire (au lieu des 40% actuels) dans une caisse qui alimente les versements des salaires.

Les entreprises n’étant plus dirigées par des obsédés du profit mais par des entrepreneurs, ces derniers tout comme tous leurs collaborateurs recevant leur salaire de l’état n’auront plus qu’à se soucier de leur « bien être » et à « bien faire ». L’entrepreneur sera même dans l’obligation de mettre en place dans l’entreprise un climat suffisamment séduisant pour que les « employés » veulent y rester pour parfaire leur qualification et donc l’évolution de leur salaire.

Les chantres du libéralisme veulent nous faire croire que les chefs d’entreprise et les citoyens dans leur ensemble ne sont motivés que par l’enrichissement personnel. C’est évidement faux et il suffit pour s’en convaincre de voir le nombre de personnes ayant une vie associative fournie(16 millions de bénévoles actifs en France !). Une association est un bon exemple de structure d’entreprise non basée sur la recherche de profit puisque le profit (le bénéfice) y est interdit. Seul le versement de salaires y est autorisé. Une association est une entreprises sans actionnaires et donc sans dividendes. Seul le salariat est possible (ce qui implique un n° SIREN/T); en France, 1 800 000 personnes sont salariées d’associations. A la dissolution, les bénéfices et biens reviennent à l’état.

Par ailleurs « Salaire » ne veut pas forcément dire enrichissement personnel. En effet, si l’on envisage de plafonner les salaires à 10 ou 20 fois le smic, avoir un « gros » salaire ne sera que la reconnaissance par la société d’une ou plusieurs compétences. Or c’est dans dans cette confusion, « salaire=enrichissement », que le libéralisme=capitalisme veut nous enfermer pour nous faire accepter sa religion basée sur le Dieu Marché auquel il faut tout sacrifier. De cette manière le gavage des hypers-riches peut continuer en toute impunité. Il faut bien reconnaître que leur technique fonctionne plutôt bien, malheureusement.

En conclusion, une vraie démocratie serait gouvernée par des citoyens tirés au sort œuvrant pour l’intérêt général et non l’intérêt de quelques particuliers et ces mêmes citoyens seraient individuellement libérés de leur soumission et de la peur du lendemain en recevant un salaire à vie.

Elle ne serait pas belle la vie comme çà ?

MP

Source des chiffres : Quelques repères sur les associations en France