Mensonges et renoncements

propagandejpfe13-6d7b5La propagande totalitaire n’a pas besoin de convaincre pour réussir et même que ce n’est pas là son but. Le but de la propagande est de produire le découragement des esprits, de persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l’inutilité de toute tentative de s’opposer à la diffusion du mensonge. Le but de la propagande est d’obtenir des individus qu’ils renoncent à la contredire, qu’ils n’y songent même plus. Cet intéressant résultat, l’abasourdissement médiatique l’obtient très naturellement par le moyen de ses mensonges incohérents, péremptoires et changeants, de ses révélations fracassantes et sans suite, de sa confusion bruyante de tous les instants.

George Orwell  1903 – 1950

De l’art de convaincre…

Analyse intéressante lue dans le site fakir

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Militant sans être chiant : sacré défi !
On fait ce qu’on peut, à Fakir.
Alors, quand le leader de Podemos vient secouer tout ça…

J’avais pondu un édito sur la décroissance et la CGT, la fécondation et la sortie de l’euro, le sectarisme et l’opportunisme, où je citais Pascal et Jaurès, et je terminais sur Pablo Iglesias, le leader de Podemos.
Les copains ont trouvé ça chiant.
Ils avaient pas tort, je crains.
Alors, je vais juste garder Pablo Iglesias, parce qu’il adresse à la gauche, par-delà les Pyrénées, une leçon de politique : comprendre notre peuple d’abord.
Et en plus, lui, au moins, il est pas chiant :

Je vais vous raconter une anecdote.
Lorsque le mouvement a commencé, le mouvement 15-M, à Puerta del Sol [connu en France comme les Indignés], certains étudiants de ma fac, la fac de sciences politiques, des étudiants avec une forte conscience politique – qui avaient lu Marx et Lénine – sont entrés pour la première fois en contact avec des gens normaux. Ils ont été déçus : « Ils ne comprennent rien ! Nous leur disons : ‘‘Vous êtes des travailleurs, même si vous ne le savez pas !’’ ». Les gens les regardaient comme s’ils venaient d’une autre planète. Et les étudiants rentraient chez eux, dépités, se disant : « Ils ne comprennent rien. »

Je leur répondrais :
« Ne voyez-vous pas que le problème, c’est vous ? Que la politique n’a rien à voir avec le fait d’avoir raison ? Vous pouvez avoir la meilleure analyse, comprendre les processus politiques depuis le XVIe siècle, savoir que le matérialisme historique est la clé de compréhension des mécanismes sociaux, et vous allez en faire quoi ? Aboyer sur les gens ? Leur hurler : ‘‘Vous faites partie de la classe ouvrière et vous ne vous en rendez même pas compte !’’ ?
L’ennemi ne réclame que ça, rire de vous. Vous pouvez porter un T-shirt avec faucille et marteau. Vous pouvez brandir un drapeau immense, immense, immense, et rentrer chez vous avec ce drapeau, tout ça pendant que l’ennemi se rit de vous. Parce que les gens, les travailleurs, ils préfèrent votre ennemi. Ils croient à ce qu’il dit. Ils le comprennent quand il parle. Vous, ils ne vous comprennent pas. Et peut-être que c’est vous qui avez raison ! Vous pourrez demander à vos enfants d’écrire sur votre tombe : ‘‘Il a toujours eu raison… mais personne ne l’a jamais su.’’ »

Croyez-vous, par exemple, que j’aie un problème idéologique avec une grève générale de 48 heures, ou même de 72 heures ? Pas le moins du monde ! Le problème, c’est qu’une grève n’a rien à voir avec combien vous ou moi la voulons. Cela a à voir avec la force de l’union, et vous comme moi y sommes insignifiants.
Vous et moi pouvons souhaiter que la Terre soit un paradis d’humanité, on peut souhaiter tout ce qu’on veut et l’inscrire sur des tee-shirts. Mais la politique est une question de force, pas de souhaits, ni de discussions en assemblées générales. Dans ce pays, il n’y a que deux syndicats capables d’organiser une grève générale, les CCOO et l’UGT. Est-ce que ça me plaît ? Non. Mais c’est la réalité, et organiser une grève générale, c’est dur.
J’ai tenu des piquets de grève devant des stations d’autobus à Madrid. Les gens qui passaient là-bas, à l’aube, vous savez où ils allaient ? Au boulot. C’était pas des jaunes, mais ils se seraient fait virer de leur emploi, parce que dans leur boîte il n’y a pas de syndicat pour les défendre. Parce que les travailleurs qui peuvent se défendre, ce sont ceux des chantiers navals, des mines, où il y a des syndicats puissants. Mais les jeunes qui travaillent dans des centres d’appels, ou comme livreurs de pizzas, ou les filles dans le commerce, ne peuvent pas se défendre.
S’ils se mettent en grève et qu’ils sont licenciés le jour suivant, il n’y aura personne, ni vous ni moi ne serons là, et aucun syndicat ne pourra garantir qu’ils pourront parler en tête à tête avec le patron et dire : ‘‘Vous feriez mieux de ne pas virer cet employé pour avoir exercé son droit de grève, parce que vous allez le payer.’’ Ce genre de choses n’existe pas, peu importe notre enthousiasme.

La politique n’est pas ce que vous et moi voudrions qu’elle soit. Elle est ce qu’elle est, et c’est terrible. Terrible. Et c’est pourquoi nous devons parler d’unité populaire, et faire preuve d’humilité. Plus d’une fois vous devrez parler avec des gens qui n’aiment pas votre langage, chez qui les concepts qu’on utilise ne résonnent pas.
César Rendueles, un mec très intelligent, dit que la plupart des gens sont contre le capitalisme, mais ne le savent pas. Que la plupart des gens défendent le féminisme mais sans avoir lu Judith Butler ou Simone de Beauvoir. Qu’il y a plus de potentiel de transformation sociale chez un père qui lave la vaisselle ou qui joue avec sa fille, ou un grand-père qui explique à ses petits-enfants qu’il faut partager leurs jouets, que dans tous les drapeaux rouges qu’on peut apporter dans une manifestation. Et si nous ne parvenons pas à comprendre que toutes ces choses peuvent servir de trait d’union, l’ennemi continuera à se moquer de nous.

C’est comme ça que l’ennemi nous veut, petits, parlant une langue que personne ne comprend, minoritaires, cachés derrière nos symboles habituels. Ça lui fait plaisir, à l’ennemi, parce qu’il sait qu’ainsi nous ne représentons aucun danger.
Nous pouvons avoir un discours très radical, dire que nous voulons faire une grève générale spontanée, parler de prendre les armes, brandir des symboles, trimbaler dans nos manifestations les portraits des grands révolutionnaires. Ça fait plaisir à l’ennemi ! Il se moque de nous !
Mais quand on commence à rassembler des centaines, des milliers de personnes, quand on commence à convaincre la majorité, même ceux qui ont voté pour l’ennemi avant, c’est là qu’il commence à avoir peur.
Et c’est ça qu’on appelle la politique.
C’est ça que nous devons apprendre.

Il y a avait un gars qui parlait de Soviets en 1905. Il y avait ce chauve, là. Un génie. Il a compris l’analyse concrète de la situation. En temps de guerre, en 1917, quand le régime en Russie s’effondrait, il a dit une chose très simple à tous les Russes, qu’ils soient soldats, paysans ou travailleurs. Il leur a dit : « Pain et paix ».
Et quand il a dit « Pain et paix », ce que tout le monde voulait, beaucoup de Russes qui ne savaient pas s’ils étaient de ‘‘gauche’’ ou de ‘‘droite’’, mais qui savaient qu’ils avaient faim, ont dit : ‘‘Le chauve a raison’’, et le type chauve a très bien fait. Il n’a pas parlé aux Russes de « matérialisme dialectique », il a parlé « de pain et de paix ». Et c’est une des principales leçons du XXe siècle.

Qui a mal à la dette ?

On nous raconte (les médias et nos gouvernants) que depuis de nombreuses années nous vivons au dessus de nos moyens et que c’est à cause de ce mode de fonctionnement très malsain qu’il nous faut dorénavant nous serrer la ceinture pour rembourser ce que nous devons : c’est à dire rembourser nos dettes… Je ne sais pas si c’est votre cas, mais personnellement je n’ai vraiment pas l’impression de vivre au dessus de mes moyen et je ne suis pas particulièrement endetté.

Alors qu’en est-il réellement ? D’où vient cette dette dont on nous parle ? Qui est concerné ?

Voici ce que publie EUROSTAT (site de référence des statistiques européennes) concernant la France :

EvolutionDesDettes
Ce graphique montre la structure de la dette globale de la France et contrairement aux messages propagés par les médias et leurs économistes attitrés, ce n’est pas la dette publique qui est la plus importante et ce n’est pas non plus celle qui a le plus augmenté ces dernières années. En fait la dette publique a progressé un peu en France il est vrai à partir de 2007-2008 mais beaucoup moins que celle des entreprises non financières ou les entreprises financières (les banques). Ces dernières ont vu leur dette exploser.
Alors pourquoi nous dit-on que nous (les citoyens) vivons au dessus de nos moyens alors que nous sommes ceux qui sommes les plus « raisonnables »? En effet ce sont les ménages qui ont le moins de dettes et dont l’évolution est la plus contrôlée (le graphique montre une évolution très faible sur la période 1995-2011).

Gaël Giraud dans son livre « illusion financière » nous indique qu’il y a encore plus criant en Espagne (plus de 220% du PIB de dettes privées). Les finances publiques ibériques étaient exemplaires en 2007: la dette publique de Madrid n’excédait pas 40% du PIB. En quatre ans elle a été presque été multipliée par deux !!! Serait-ce parce que le gouvernement espagnol s’est mis à recruter des milliers de fonctionnaires payés à ne rien faire ? Certes, certains fonds structurels européens ont sans doute été mal investis au cours de la décennie, en particulier ceux qui ont permis de financer des infrastructures. Mais, pour l’essentiel, cette explosion de la dette publique est due à la faillite de son secteur bancaire. Contrainte de recapitaliser ses cajas (caisses d’épargne) les unes après les autres, la péninsule, d’exemplaire qu’elle était, connaît à son tour un niveau d’endettement analogue(quoique inférieur) à celui de la France ou de l’Allemagne. En résumé, l’état espagnol a été contraint de s’endetter pour renflouer les entreprises financières (les banques) défaillantes.

Pourquoi cette information passe t elle si mal dans les médias de masse ? pourquoi veut-on à tout prix nous laisser penser que le problème vient du secteur public (« salauds de fonctionnaires » !) et de chacun d’entre nous puisqu’on nous rabâche que nous vivons au dessus de nos moyens ? Si on en crois les chiffres, ces affirmations sont même des mensonges !

En tout cas, ne culpabilisez pas trop, Les chiffres montent bien que nous autres citoyens n’avons rien à nous reprocher dans cette affaire mais c’est bien les système bancaire qui est défaillant.

En réalité, les banques et les grands de ce monde, via nos hommes politiques qui leurs sont soumis, ont décidé afin de maximiser leurs profits de mettre la main sur tous les biens publics et la crise est la bienvenue pour réaliser ce rapt en obligeant les états à se débarrasser de leurs biens. Vu sous cet angle, on comprends mieux le discours mensonger sur la dette.
Il est en effet plus facile de faire passer auprès des citoyens que c’est à cause de notre train de vie exagérément élevé que notre endettement est élevé et que nous devons faire des efforts (des sacrifices) pour rembourser nos dettes et si nous ne pouvons pas, nous devons vendre nos biens (publics) pour nous désendetter. Il n’y a pas d’autre solution et le TINA* raisonne encore une fois de plus dans notre tête… Pendant ce temps là les banques continuent leur « business as usual » et les plus riches s’enrichissent encore plus. Elle est pas belle la vie… des riches ?

Face à ce constat, comment régler le problème des banques avec lesquelles les gouvernements (donc nous) sont pieds et points liés et dont le système d’endettement s’apparente fort au système pyramidal de Ponzi (rembourser un emprunt en empruntant à nouveau) ?

Dans les années 30 un groupe d’experts économistes (université de Chicago) proposait que la création de monnaie redevienne un monopole public. Pour cela ils proposaient de séparer le métier de créateur de monnaie de celui de préteur. Les établissements financiers (banques privées) devraient posséder en réserve, dans leur compte courant auprès des banques centrales, 100% de l’argent qu’ils prêtent (contre 1% actuellement dans la zone euro)… Cette proposition soutenue par plusieurs prix Nobel d’économie et qui est examinée par les chercheurs du FMI a l’avantage considérable de faire disparaître le problème majeur d’illiquidité d’une banque et donc de l’obligation d’un gouvernement de la recapitaliser en cas de faillite annoncée.

Il n’y a plus qu’a espérer que ces travaux aboutissent et que le FMI s’en serve pour promouvoir une organisation financière plus respectueuse des peuples.

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, je vous invite à vous procurer l’excellent livre « illusion financière » de Gaël Giraud publié aux éditions de l’atelier.

MP

*TINA : « There is no alternative » phrase popularisée par Miss Tacher et Ronald Reagan pour justifier leur politique d’austérité dans les années 80 et depuis repris à l’envi par les portes paroles de cette doctrine capitaliste.

Europe: dictature ou démocratie

Enfin un dirigeant Européen honnête !

Alexis TSIPRAS a en effet  demandé au peuple grec de décider s’il souhaitait (ou non) se conformer aux règles imposées par la troïka. C’est une sage décision qui honore ce responsable politique et peut être même pourra nous amener à reconsidérer l’image que l’on se fait des hommes politiques (tous ne sont pas à jeter…). Faire appel au peuple par via de référendum chaque fois qu’une décision majeure doit être prise devrait être un des piliers de nos démocraties et ce réflexe devrait être appliqué quel que soit le niveau de gouvernance (International, national, régional communal, …). De la même manière on pourrait imaginer que le maire demande l’aval des citoyens de la commune avant d’engager des dépenses. Si une telle pratique se généralisait, il y a fort à parier que le peuple aurait moins de ressenti négatif vis à vis des élus.

Et puisque les médias(mis à part l’humanité…) se contentent de commenter souvent à charge le comportement du chef du gouvernement Grec sans vraiment s’intéresser à ce qu’il a dit. Voici le contenu du discours d’Alexis TSIPRAS au peuple Grec publié par l’humanité ce dimanche 28 juin 2015…

A vous de juger !

Tsipras, un discours historique « pour la souveraineté du peuple grec »

 

Photo : Menelaos Myrillas / AFP
Dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 juin, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé, dans une adresse au peuple retransmise par la chaîne de télévision publique (ERT), la tenue d’un référendum sur les propositions faites à la Grèce par les « Institutions » (FMI, BCE, Commission européenne) dans le cadre des négociations sur la dette. Traduit du grec par Dimitris Alexakis.

« Depuis 6 mois, le gouvernement hellénique se bat dans des conditions d’asphyxie financière inouïes pour mettre en œuvre le mandat que vous lui avez confié à l’issue des élections du 25 janvier.

Un mandat qui nous enjoint de négocier avec nos partenaires pour mettre fin à l’austérité et faire en sorte que notre pays renoue avec la prospérité et la justice sociale.

Un mandat qui nous enjoint de parvenir à un accord viable, respectueux de la démocratie comme des règles de l’Union, et qui permettra à la Grèce de sortir définitivement de la crise.

Tout au long de cette période de négociations, on nous a demandé d’appliquer les mémorandums qu’avaient signés les gouvernements précédents, mémorandums que le peuple grec a pourtant catégoriquement rejetés lors des dernières élections.

Mais nous n’avons pas un seul instant envisagé de céder.

De trahir ― autrement dit ― votre confiance.

Après cinq mois de dures négociations, nos partenaires ont malheureusement abouti, lors de l’Eurogroupe d’avant-hier, à une proposition en forme d’ultimatum, un ultimatum adressé à la démocratie grecque et au peuple hellénique.

Un ultimatum qui contrevient aux principes fondateurs et aux valeurs fondamentales de l’Europe, de la construction européenne.

La proposition faite au gouvernement fait peser sur le peuple grec de nouvelles charges, intolérables, mine la société, sape tout espoir de reprise économique en perpétuant l’incertitude et en aggravant encore les inégalités.

La proposition des Institutions comprend des mesures entraînant une dérégulation accrue du marché du travail ; des coupes dans les pensions de retraite ;  de nouvelles réductions de salaires dans le secteur public, ainsi qu’une augmentation de la TVA sur les aliments, l’hôtellerie et le tourisme ; les Institutions préconisent dans le même temps la suppression des exemptions fiscales pour la Grèce insulaire.

Ces propositions, qui portent directement atteinte aux acquis sociaux européens et aux droits fondamentaux ― droit au travail, à l’égalité et à la dignité ―, prouvent que certains de nos partenaires, que certaines de ces Institutions ne souhaitent pas parvenir à un accord viable, également profitable à toutes les parties, mais ont pour objectif d’humilier tout un peuple.

Ces propositions démontrent l’entêtement mis ― en particulier par le Fonds Monétaire International ― à défendre à tous prix une politique d’austérité extrême et punitive.

Les puissances aujourd’hui à la tête de l’Europe doivent dès lors, et plus que jamais, se hisser à la hauteur des circonstances et prendre des initiatives qui mettront fin à la crise de la dette publique grecque, une crise qui affecte d’autres pays européens et menace le futur même de l’intégration européenne.

Grecques et Grecs,

Nous sommes aujourd’hui porteurs d’une responsabilité historique à l’égard des luttes menées et des sacrifices consentis par le peuple grec pour la protection de la démocratie et de notre souveraineté nationale ; c’est notre responsabilité envers l’avenir de notre pays.

Cette responsabilité nous oblige à répondre à cet ultimatum en nous appuyant sur la volonté souveraine du peuple grec.

Au Conseil des Ministres qui vient de se tenir, j’ai solennellement proposé l’organisation d’un référendum afin que le peuple grec puisse se prononcer souverainement.

Cette proposition a été adoptée à l’unanimité.

Demain, l’Assemblée nationale se réunira en séance plénière extraordinaire afin d’entériner la proposition du Conseil des ministres en vue de la tenue, ce dimanche 5 juillet, d’un référendum à la faveur duquel les citoyens seront appelés à dire s’ils acceptent ou refusent la proposition faite par les Institutions.

J’ai déjà informé de ma décision le Président de la République hellénique mais aussi, par téléphone, le Président de la République française, la Chancelière de la République d’Allemagne et le président de la Banque Centrale Européenne ; demain, j’adresserai un courrier officiel aux dirigeants de l’Union Européenne et aux Institutions pour leur demander de prolonger le programme de quelques jours en sorte que le peuple grec puisse se prononcer librement, hors de toute pression et de tout chantage, conformément à la Constitution de notre pays et à la tradition démocratique européenne.

Grecques, Grecs,

Face à cette mise en demeure dont le but est de nous faire accepter une austérité extrême et humiliante, sans fin, sans perspective de redressement social et économique, je vous invite à vous prononcer souverainement, fièrement, comme l’histoire grecque vous y enjoint.

Répondons à l’autoritarisme et à l’austérité extrême par la démocratie, avec sérénité et détermination.

Que la Grèce, ce lieu qui a vu naître la démocratie, adresse une réponse démocratique retentissante à la communauté européenne, à la communauté internationale.

Je m’engage à respecter le résultat de votre choix démocratique, quel qu’il soit.

Je suis absolument sûr que votre décision fera honneur à l’histoire de notre patrie et sera un message de dignité adressé au monde.

En ces heures cruciales, nous devons tous nous rappeler que l’Europe est la maison commune de ses peuples. Que l’Europe ne se répartit pas entre des « propriétaires » et des « invités ».

La Grèce est et demeurera une partie indissociable de l’Europe et l’Europe une partie indissociable de la Grèce.

Mais une Europe sans démocratie sera une Europe sans identité et sans boussole.

Je vous appelle tous et toutes, dans un même élan national, dans l’unité et la sérénité, à prendre les décisions que nous méritons.

Pour nous, pour les générations suivantes, pour l’histoire des Grecs.

Pour la souveraineté et la dignité de notre peuple. »

Pierre Carles : Les ânes ont soif !

CP

« Opération Correa – Episode 1 les ânes ont soif

  • Un film de Pierre Carles, en collaboration avec Nina Faure et Aurore Van Opstal. 2015

    Les grands médias français ont boudé le dernier séjour à Paris du président de gauche équatorien Rafael Correa. Pourtant ce pays a déclaré « illégitime » une partie de cette dette pour mener des politiques d’investissement public et de réduction de la pauvreté et des inégalités sociales. »

Des Israéliens dont on entend pas parler…

Israéliens, ils refusent de porter les armes

Photographe : Martin Barzilai

Pendant toute leur scolarité, les Israéliens reçoivent dans leurs classes des militaires qui leur expliquent le rôle et l’importance de l’armée. Aujourd’hui, environ la moitié des Israéliens est enrôlée à l’âge de 18 ans (3 ans de service pour les hommes, 2 ans pour les femmes), à l’exception des Arabes israéliens (18 % de la population) et de la plupart des Juifs Haredim qui se consacrent à l’étude religieuse. On peut être exempté pour problèmes physiques ou mentaux. Les refuzniks sont objecteurs de conscience, pacifistes ou refusent de combattre dans les territoires occupés. S’ils déclarent refuser la politique d’occupation sur les territoires palestiniens lors de leur incorporation, ils sont envoyés en prison militaire pour désobéissance. En 2014, cinquante jeunes ont pris cette décision et devraient être incarcérés en octobre prochain.
→ Lire aussi l’entretien : « Pourquoi j’ai refusé d’aller combattre à Gaza »

  1. © Martin Barzilai / Sub.coop / Picturetank

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    Yuval, 25 ans, étudiant : « J’ai décidé d’aller en prison pour protester contre l’occupation. J’ai fait trois séjours en prison militaire. Je suis content d’avoir fait cette démarche mais je ne suis pas certain que je le referais. Je n’ai pas fait quelque chose de mal, et pourtant j’ai été puni. Je ne crois pas que je méritais une telle punition. Bien entendu, nous avons utilisé la prison pour faire parler de l’occupation des territoires palestiniens. Disons que c’est une bonne façon de se battre mais il y en a peut-être de meilleures. » Tel-Aviv, 2014

  2. © Martin Barzilai / Sub.coop / Picturetank

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    Tamar, 20 ans : « Je suis pacifiste. En 2008, j’ai choisi d’aller en prison pour pouvoir expliquer qu’il est possible de remettre en question le tabou du service militaire. Le plus important pour moi c’était que les gens entendent une voix différente. Je suis resté 3 mois en prison. Le dernier mois, je l’ai passé en isolement parce que je ne voulais pas porter l’uniforme. Au regard de ce qu’il se passe actuellement, je pense qu’il est d’autant plus important de refuser l’armée. La haine et l’intolérance envers ce genre de décisions sont encore plus fortes aujourd’hui qu’à ce moment-là.  Le nationalisme, la propagande de droite ont fait perdre tout espoir. Ma génération a grandi sans aucun contact avec la société palestinienne. La haine vient donc plus facilement. » Tel-Aviv, 2014

  3. © Martin Barzilai / Sub.coop / Picturetank

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    Kobi, 43 ans, mathématicien : « J’ai décidé de ne pas faire l’armée quand j’avais 12 ans. Je ne me sentais pas obligé de servir une société dont je ne me sentais pas faire partie. La première fois qu’ils m’ont convoqué, j’ai dit que j’étais gay, déprimé et déséquilibré. Aujourd’hui, je regrette d’avoir pris la voie la plus facile et de ne pas avoir déclaré que je refusais de servir dans l’armée. L’atmosphère en Israël devient de plus en plus irrespirable, il devient de plus en plus dangereux de manifester à Tel-Aviv contre l’occupation des territoires. » Haïfa, 2014

  4. © Martin Barzilai / Sub.coop / Picturetank

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    Alex, 22 ans, travaille dans un cinéma : « À 17 ans, j’ai été dans les territoires occupés aider les Palestiniens à ramasser les olives. Ça m’a beaucoup marqué. Un jour, des colons ont volé toute la récolte de la journée. Leur argument était que tout ce qui pousse sur la terre d’Israël est aux Juifs. Il n’y a pas d’instance juridique pour régler ce genre de problème. J’ai compris que l’argument de la sécurité pour occuper la Palestine était un mensonge. J’ai décidé que je ne ferais pas le service militaire. J’ai passé cinq mois en prison pour désobéissance. » Tel-Aviv, 2009

  5. © Martin Barzilai / Sub.coop / Picturetank

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    Ben, 27 ans, employé de vidéoclub : « Mon père a passé 40 jours en prison parce qu’il ne voulait pas servir l’armée à Gaza. Quand ça a été mon tour, je n’ai pas voulu y aller non plus. J’ai dit à l’officier chargé des problèmes mentaux que je ne voulais pas porter d’arme et que s’ils m’y obligeaient je l’utiliserais contre mes supérieurs. Cette décision a été l’une des plus importantes de ma vie. Quand je vois tous ces jeunes qui meurent pour la cause sioniste, je ne peux que me réjouir de ma décision. J’aimerais pouvoir sentir de la compassion pour ces soldats, mais honnêtement, je ne peux pas : quand ils appuient sur la gâchette et tirent sur des civils, c’est impardonnable. » Tel-Aviv, 2014

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    Omer, 20 ans, étudiante : « Le système de l’armée fonctionne bien. Il ne laisse pas le temps de réfléchir. Je pense que les jeunes Israéliens doivent connaître la situation des Palestiniens pour pouvoir choisir s’ils font ou non l’armée. Mon père est un général important, il a été vice-président du Mossad. Nous sommes à l’opposé l’un de l’autre. J’ai passé deux mois en prison. Mon cas a fait beaucoup de bruit. Ça a été difficile, j’ai perdu cinq kilos. » Tel-Aviv, 2009

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    Haggai, 26 ans, journaliste : « Quand j’avais 16 ans, j’ai eu un professeur qui pour la première fois nous parlait du conflit d’une façon différente. J’ai participé, cette même année, à un convoi pour la paix en Cisjordanie afin d’aider à reconstruire les maisons des Palestiniens qui avaient été détruites par l’armée. En 2001, quand nous avons décidé d’aller en prison pour protester contre l’occupation, nous étions 25. Un grand procès eut lieu. Les témoignages passaient à la télé. À la faculté de droit, ce procès est devenu un exemple important aussi bien du point de vue politique que philosophique. L’armée a voulu faire un exemple pour faire peur aux autres. Ils m’ont condamné à deux ans de prison. » Tel-Aviv, 2009

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    Neta, 18 ans : « J’ai reçu une éducation très sioniste. Mais vers 15 ans, en cherchant sur Internet, j’ai découvert ce qu’était l’occupation des territoires palestiniens. Beaucoup d’amis militants autour de moi n’ont pas fait l’armée, je leur ai demandé conseils. Ils m’ont dit de ne pas aller en prison. En général, la raison qu’ils invoquent, c’est on ne peut pas y lutter. Mais j’ai tout de même choisi cette solution parce que je pense que les gens doivent savoir : l’armée israélienne ne respecte pas les droits humains et commet des crimes de guerre. » Haïfa, 2009

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    Giyora Neumann, 55 ans, journaliste : « À 17 ans, en 1971, j’ai été le premier à refuser de faire l’armée et à aller en prison. À l’époque, j’étais militant de Matzpen, un parti politique socialiste, révolutionnaire et antisioniste. Nous étions contre l’occupation depuis le début (1967). Je l’ai aussi fait pour des raisons personnelles : ma famille avait souffert une autre occupation… en Pologne. Mes parents m’ont soutenu même s’ils avaient peur. Moralement, ils comprenaient ma position. Peut-être que d’un point de vue social, à cause de ce que l’on disait sur leur fils, ils en ont plus souffert que moi. » Tel-Aviv, 2009

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    Naomi, 20 ans, étudiante : « Je n’ai pas fait mon service militaire parce que je suis contre l’occupation et contre la militarisation de la société israélienne. Il n’y a pas que les Palestiniens qui souffrent de la militarisation de notre société. Nous avons l’une des armées les plus importantes au monde, alors que nous sommes un tout petit pays. L’argent qui est investi dans la défense ne l’est pas ailleurs, dans l’éducation par exemple. Ce fut un problème quand j’ai voulu chercher un travail. Je devais travailler dans une librairie, mais quand ils ont vu que je n’avais pas été à l’armée, les patrons ont changé d’avis. » Tel-Aviv, 2009.
    Israël détient le record mondial en dépenses d’armement par habitant : 1 429 US $ en 2006 (source : Le Temps – Suisse).

  11. © Martin Barzilai / Sub.coop / Picturetank

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    Gal, 19 ans : « Je me souviens, quand j’avais 13 ans, avoir vu à la télé les refuzniks qui allaient en prison pour ne pas faire l’armée. Je les trouvais répugnants. Les attentats suicides des années 2002-2003 m’avaient marqué. Par la suite, j’ai lu sur l’histoire palestinienne et j’ai réalisé toute l’étendue de mon ignorance. Finalement, surtout à cause de ma famille, j’ai décidé de me faire réformer pour problèmes psychologiques. Je crois que le plus difficile pour mon père, c’est quand les gens lui demandent ce que je suis en train de faire. Si j’étais un garçon “normal”, je serais à l’armée. » Haïfa, 2009

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    Daniel, 24 ans, étudiant : « Étant socialiste, je n’ai pas voulu faire l’armée parce que je suis contre l’impérialisme. Par ailleurs, au niveau de la société israélienne, la guerre a toujours été synonyme d’injustice sociale. N’importe quel problème social majeur passe à l’arrière-plan du débat public si l’État décide que l’armée doit attaquer le Liban ou Gaza. Mes parents ne voulaient pas de drame pour leur fils unique. J’ai finalement été réformé pour problèmes psychologiques. » Haïfa, 2009

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    Margarida, 23 ans : « Je suis arrivée du Brésil en Israël à 14 ans avec ma famille. J’ai commencé mon service à 19 ans et je leur ai demandé d’être près de chez moi. Ils ne m’ont jamais écoutée. Au final, j’ai dû prendre 60 comprimés pour qu’ils comprennent que c’était sérieux et ils m’ont virée. Je rêvais de travailler à l’aéroport, mais maintenant c’est impossible. » Ashkelon, 2009

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    Avner, 32 ans, historien : « J’ai grandi dans un kibboutz, dans une famille de gauche sioniste. Tous les hommes de ma famille sont dans l’armée. À 18 ans, j’y suis allé confiant, je pensais que nous étions les bons, même si nous faisions parfois des erreurs. Mais quand j’ai découvert comment vivaient les Palestiniens, j’ai pensé que c’était inacceptable de voir que l’armée, au lieu de protéger notre pays, défendait un projet colonialiste. Avec 13 autres soldats, nous avons envoyé une lettre qui expliquait que nous ne voulions pas être réservistes. » Jérusalem, 2009

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    Tal Sela, 33 ans, éducateur : « J’ai été affecté à 19 ans dans une unité d’élite. Pour cette spécialisation, il fallait prendre des cours et j’ai donc tout de suite su que j’allais rester un an et demi de plus que la normale. En 1997, il y avait la guerre au Liban. Le 15 septembre, douze soldats israéliens sont morts à cause d’une charge explosive qu’ils transportaient. Ils ont envoyé mon unité pour récupérer les corps. Je suis resté traumatisé par l’horreur. Maintenant je ne veux plus être réserviste. Je suis membre de l’association Combattants for peace. » Tel-Aviv, 2009

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    Raz, 19 ans : « Quand j’avais 15 ans, je ne connaissais rien aux Palestiniens. Je vivais dans une sorte de bulle. Mais quand je suis allée dans les territoires pour la première fois, j’ai vu très clairement que l’occupation n’existe pas pour des raisons de sécurité. J’ai clairement ressenti qu’on m’avait menti. En 2008, nous étions sept à refuser de faire l’armée. J’ai passé quatre mois en prison. Je me suis confronté à la réalité des autres filles qui étaient dans des situations bien plus compliquées que moi aussi bien au niveau social que familial. » Tel-Aviv, 2009

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    Hilla, 23 ans, étudiante : « Je ne me voyais pas dans l’armée, mais je voulais donner quelque chose à la société. Je voulais faire un service civil. Cela a posé un gros problème à mes parents. Nous nous sommes disputés très sérieusement. J’ai finalement déclaré que j’étais pacifiste et je suis passée devant une commission. Mon père m’a soutenue et s’est même prêté à cette comédie imposée par l’armée en étant mon témoin lors de cet entretien. » Haïfa, 2009

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    Uri, 26 ans : « Quand j’étais au lycée, j’ai commencé à comprendre que ce qu’on nous apprenait à l’école n’était que partiel. Je me suis intéressé à la politique et je me suis positionné contre l’occupation des territoires palestiniens. À 17 ans, pour la première fois, j’ai pensé que je ne devrais pas y aller. Ce fut un choc pour mes parents. Ils ont essayé de me convaincre, mais ils n’ont pas réussi. J’ai finalement été réformé pour des raisons psychiatriques. » Haïfa, 2009

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    Isham, 39 ans, journaliste : « Mes parents sont druzes et communistes. Il était clair dès le départ que je ne ferais pas l’armée parce que je ne pouvais pas soutenir la politique israélienne. Il existe une loi israélienne de 1957 qui oblige les Druzes à faire l’armée. Les grandes familles druzes avaient accepté. Il s’agissait d’un accord entre deux élites, les jeunes n’avaient rien à dire. Le but d’Israël a toujours été de diviser pour mieux régner. La politique israélienne a fonctionné, les jeunes Druzes font leur armée et on leur fait croire qu’ils sont privilégiés, mais leur situation sociale reste misérable. Ils font tout le sale boulot, en particulier aux check points. J’ai passé un an et demi en prison pour désobéissance. » Haïfa, 2009

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    Gaï, 30 ans, dramaturge : « Cela faisait un mois que j’étais dans l’armée quand j’ai appris que ma petite sœur était décédée dans un attentat suicide à Jérusalem. Je suis resté dans l’armée pour ne pas déprimer totalement. Mais ça n’a pas marché. Bien plus tard, j’ai voyagé en France où j’ai travaillé avec des réfugiés palestiniens. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’être un “missionnaire” du refus du service militaire. » Tel-Aviv, 2009

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    Or, 19 ans : « Parce que j’ai grandi dans une famille israélienne très sioniste, quand j’étais enfant, j’étais certaine que je servirais dans une unité de combat. Mais quand j’ai été à une manifestation contre le mur en Cisjordanie, l’armée israélienne nous a tiré dessus. Ce jour-là, j’ai compris que je ne ferais pas mon service. Je vais aller en prison pour que ma famille comprenne. » Tel-Aviv, 2009

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    Efi, 23 ans, étudiant : « Depuis l’enfance, en Israël, on vous fait croire que l’armée vous protège. Une expérience importante m’a fait comprendre que ce n’était pas le cas : je suis allé à Bilin en Cisjordanie, où j’ai vu des manifestants pacifistes défendre leurs terres. J’ai vu les soldats leur tirer dessus et cela m’a choqué. Quand on grandit en Israël, quand on est jeune, c’est impossible d’être au courant de ce genre de choses. » Tel-Aviv, 2009. En 2014, il dit : « Aujourd’hui, je pense que le problème est en fait complexe. La guerre est une chose affreuse et il y a des gens qui souffrent des deux côtés. Mais étant attaqué, je pense qu’Israël a le droit de se défendre. »