Un salaire à vie !

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Un salaire à vie selon Bernard FRIOT (« L’enjeu du salaire » – Éditions La dispute)

Dans son livre, Bernard FRIOT fait une proposition décapante et révolutionnaire : donner un salaire à chacun dès sa majorité ! Ce salaire évoluera durant sa carrière en fonction de sa qualification.

Cette proposition mérite toute notre attention car tout comme le tirage au sort des représentants pour gouverner implique et change le rapport des citoyens vis à vis de la politique; le salaire à vie change le rapport des salariés vis à vis du travail, des employeurs et de la qualification professionnelle.

Cette proposition qui semble très novatrice de prime abord n’a en réalité rien de très nouveau puisque bon nombre de citoyens disposent à l’heure actuelle d’un salaire à vie. C’est le cas par exemple des fonctionnaires(enseignants, personnel hospitalier, militaires, …) mais aussi de tous les retraités et chacun d’entre nous sommes ou serons bénéficiaires à un moment donné du salaire à vie. Bernard FRIOT propose de le généraliser au maximum à l’ensemble des citoyens.

Le salaire à vie est une solution radicale et très efficace pour lutter contre le chômage qui gangrène nos sociétés depuis l’accélération du développement du capitalisme financier (également appelé libéralisme pour mieux nous faire avaler le concept !) dans les années 70.

Selon lui le constat est le suivant : « … Patronat et banquiers pratiquent le chantage à l’emploi et à la dette pour réduire les droits sociaux…« . L’arrêt de cette soumission est possible « … à condition d’attribuer à chacun, à sa majorité une qualification et donc un salaire… »

L’une des premières remarques qui nous vient à l’esprit et qui est très souvent faite est qu’un salaire à vie va forcément développer la fainéantise et brider l’intérêt des citoyens pour l’activité professionnelle (pour le travail).
Bernard FRIOT fait lui remarquer que « …Quant à ne plus rien faire si on a un salaire à vie, cette opinion appelle plusieurs remarques. D’abord, c’est une intention qu’on prête toujours aux autres: interrogés sur le fait de savoir s’ils continueront de travailler avec un salaire à vie, les sondés répondent qu’eux continueront, mais pas les autres. Ensuite, ceux qui ne font rien sont bien moins dangereux que tant qui font aujourd’hui. Mieux vaut ne rien faire que d’être une inspectrice d’académie appliquée à détricoter la fonction publique ou un ouvrier fabricant des semences stériles pour Monsanto... »

« … Entrer dans un collectif de travail, en sortir(y compris contre son gré), monter une entreprise et constituer un collectif de travail, entretenir un réseau de pairs, se former, changer de statut(de fonctionnaire à privé, de membre d’une entreprise à indépendant), changer de métier, passer des épreuves de qualification, assurer le respect de ses droits, tout cela, qui sera plus facile et donc beaucoup plus courant qu’aujourd’hui du fait de l’horizon long qu’apportera à chacun l’irrévocabilité de son salaire, supposera un accès effectif tant aux syndicat qu’aux professionnels de l’accompagnement, dont le rôle sera accru... »

Le système actuel, basé sur un « marché du travail » et donc un chômage permanent est-il nécessaire à l’activité économique d’une société, d’un pays ? Selon Bernard FRIOT, « …Non pas de le contenir, non pas de bouger le curseur de la répartition de la valeur ajoutée en faveur du salaire et au détriment du profit, mais de se passer des capitalistes, d’affecter toute la valeur ajoutée au salaire, y compris la part qui doit aller à l’investissement. Nous n’avons besoin pour travailler ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs, et nous le pouvons depuis soixante ans dans les pays capitalistes les plus avancés… »
Cela a le mérite d’être clair ! La réponse est : non !

Comment faire cette révolution ? Par quels mécanismes économiques est il possible de passer du système actuel à un système économique sans capitalisme ?
La proposition de Bernard FRIOT est simple, « … il faut étendre la cotisation en créant une cotisation économique pour un financement de l’investissement sans crédit et donc sans dette... ». Autrement dit, l’entreprise ne verse plus de salaire aux salariés mais cotise l’intégralité du salaire (au lieu des 40% actuels) dans une caisse qui alimente les versements des salaires.

Les entreprises n’étant plus dirigées par des obsédés du profit mais par des entrepreneurs, ces derniers tout comme tous leurs collaborateurs recevant leur salaire de l’état n’auront plus qu’à se soucier de leur « bien être » et à « bien faire ». L’entrepreneur sera même dans l’obligation de mettre en place dans l’entreprise un climat suffisamment séduisant pour que les « employés » veulent y rester pour parfaire leur qualification et donc l’évolution de leur salaire.

Les chantres du libéralisme veulent nous faire croire que les chefs d’entreprise et les citoyens dans leur ensemble ne sont motivés que par l’enrichissement personnel. C’est évidement faux et il suffit pour s’en convaincre de voir le nombre de personnes ayant une vie associative fournie(16 millions de bénévoles actifs en France !). Une association est un bon exemple de structure d’entreprise non basée sur la recherche de profit puisque le profit (le bénéfice) y est interdit. Seul le versement de salaires y est autorisé. Une association est une entreprises sans actionnaires et donc sans dividendes. Seul le salariat est possible (ce qui implique un n° SIREN/T); en France, 1 800 000 personnes sont salariées d’associations. A la dissolution, les bénéfices et biens reviennent à l’état.

Par ailleurs « Salaire » ne veut pas forcément dire enrichissement personnel. En effet, si l’on envisage de plafonner les salaires à 10 ou 20 fois le smic, avoir un « gros » salaire ne sera que la reconnaissance par la société d’une ou plusieurs compétences. Or c’est dans dans cette confusion, « salaire=enrichissement », que le libéralisme=capitalisme veut nous enfermer pour nous faire accepter sa religion basée sur le Dieu Marché auquel il faut tout sacrifier. De cette manière le gavage des hypers-riches peut continuer en toute impunité. Il faut bien reconnaître que leur technique fonctionne plutôt bien, malheureusement.

En conclusion, une vraie démocratie serait gouvernée par des citoyens tirés au sort œuvrant pour l’intérêt général et non l’intérêt de quelques particuliers et ces mêmes citoyens seraient individuellement libérés de leur soumission et de la peur du lendemain en recevant un salaire à vie.

Elle ne serait pas belle la vie comme çà ?

MP

Source des chiffres : Quelques repères sur les associations en France

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2 commentaires sur “Un salaire à vie !

  1. Marcello, c’est bien beau tout ceci mais je ne crois pas à cette utopie pour deux raisons :
    Premièrement : Tant que les politiciens sont des carriéristes toute proposition intelligente ne fonctionnera pas et pour cause, les maux de nos sociétés, je pense, sont les causes d’individus qui deviennent politiciens à VIE. Leur seul et unique objectif est de maintenir leur place d’élu ou de ministre par un moyen ou un autre. Je pense d’abord qu’il faut abolir le métier (d’ailleurs qui n’existe pas à mon sens) de politicien. En finir une bonne fois pour toute, tu es élu pour être député, tu l’es pour x années et tu dégages à VIE, je ne veux plus te voir, tu vas chercher un vrai boulot et tu bosses mon pote, on a plus besoin de toi pour le reste de ta VIE. Bye, Chiao, Astalavista, je veux te voir.

    Secundo : Si le premier axiome n’est pas mis en place, eh bien, toute proposition comme fait l’auteur va se solder par une catastrophe. Tu as suffisamment d’exemple pour cela, et notamment, la Sécurité Sociale, au départ et sur le papier, une belle découverte mais au fil des ans une vraie catastrophe, d’une part, elle est déficitaire et on peut parler de toutes les raisons pour lesquelles elle l’est et secundo, l’attitude de certains cons démontrent qu’elle est une foutaise, rappelle-toi la période de H1N1 pendant laquelle des imbéciles disaient, mais de toutes les façons c’est la Sécu qui paie, or la Sécu, c’est nous et cette histoire de reverser la totalité des salaires à un organisme qui va reverser aux salariés, leur salaire à VIE, tu verras qu’au bout de quelques temps, cet organisme va devenir tout comme la Sécu ou encore un autre bon exemple la Caisse des retraites en France actuellement, un trou béant.

    A plus.

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