Délocalisations et Redressement productif

Est-ce une fatalité? Peut-on enrayer ce phénomène?

Petit rappel : La délocalisation d’une entreprise consiste à déplacer l’outil de production(les ateliers, les usines, les   terres, les bureaux, …) d’un pays où les salaires sont élevés vers un pays où les salaires sont plus faibles.

 Qui profite des délocalisations ?

Officiellement la délocalisation est présentée au grand public comme un « passage obligé » pour conserver la compétitivité de l’entreprise et garantir sa survie.   En aucun cas elle est présentée comme un moyen d’améliorer la profitabilité de l’entreprise, cette notion est tabou.

En revanche,  les industriels et les pouvoirs publics, souvent de connivence, indiquent que la délocalisation sera bénéfique à la population car d’une part, les produits pourront être proposés moins chers à la vente et d’autre part l’entreprise conservera tout de même quelques emplois… Ces arguments sont souvent imparables mais la réalité est toute autre.

Le prix de vente d’un bien est structuré de la façon suivante :

 Prix de Vente = Coût Matière + Coût main d’œuvre + Marge du fabriquant

RMQ : Pour être complet, il faudrait inclure les frais de transport et de distribution. On va supposer qu’ils sont marginaux…

Le coût de la matière première(acier, coton,..), dans un contexte mondialisé, est globalement le même dans tous les pays. Ce poste de coût ne peut être amélioré que sur de très faibles proportions.

Le coût de la main d’œuvre représente le poste particulièrement visé car les différences de salaire sont très grandes entre les pays. A compétences identiques, le salaire d’un travailleur chinois ou indien est en moyenne 10 fois plus faibles que celui d’un travailleur français !

Dans ces conditions si le prix de vente est maintenu, malgré la délocalisation, C’est la marge du fabriquant qui est doublé, triplée voir nettement plus selon le type de produit ! Au final, une entreprise qui délocalise dans ce type de pays voit sa marge augmenter considérablement.

Exemple :

– Sur un produit vendu(V) 50€ HT en France avec un coût de matière(M) de 10 € et un coût de main d’œuvre(MO) à 27€ (3 heures de SMIC), l’entreprise fait une marge(MC) de 13€.  MC = 13€

– Si l’entreprise délocalise sa production en Chine où le coût horaire est inférieur à 1 euro et que le prix de vente reste identique, la marge passera à : MC = 50 – (10 + 3), soit MC = 37€ . En délocalisant, les bénéfices de l’entreprise pourront être multipliés par 3 !

Si dans certains cas, les prix de ventes subissent une stagnation voire une légère baisse, le consommateur « bénéficie » dans une beaucoup plus faible mesure de la délocalisation. Il est, en effet, très rare de constater une baisse subite du prix de vente d’un produit !

Il est clair que la délocalisation souhaitée par l’entrepreneur bénéficie en priorité à l’entrepreneur(aux dirigeants et aux actionnaires).

Conséquences des délocalisations.

Lorsque une production est délocalisée, ce sont les usines et ateliers qui ferment.

Les employés sont : soit reclassés par l’entreprise dans d’autres postes mais cela ne concerne qu’une faible proportion, soit licenciés purement et simplement. Dans ce dernier cas, les «GPEC» (Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences) sont très prisés par les entreprises même s’ils ont été prévus pour tout autre chose.

Bien entendu pour préparer de telles « grandes manœuvres » l’entreprise fait tout pour minimiser l’impact dans les mentalités et les grands gourous de la communication savent très bien préparer les chiffres qui vont bien pour présenter cette opération comme in-con-tour-na-ble et vitale à la survie de l’entreprise(Cf. Exemple récent de PSA concernant le site d’Aulnay).

L’opinion publique et les salariés des entreprises concernées «gavés» d’information(ou plutôt de désinformation) diffusée par tous les médias finissent par considérer qu’il n’y a pas d’autre solution et qu’il n’y a plus qu’a gérer au mieux cette transition… Circulez, il n’y a plus rein à voir !

Pour les salariés des entreprises délocalisant leur production, les premières conséquences des délocalisations sont les licenciements directs ou indirects.

Pour tous les demandeurs d’emploi, la deuxième conséquence induite est l’augmentation inexorable du chômage et ce malgré tous les artifices utilisés par les différents gouvernements pour tenter de minimiser la réalité en faisant baisser le nombre d’inscrits au pôle emploi(réduction de la période d’indemnisation, formations obligatoires, …).

Pour la société dans son ensemble, le savoir faire qui disparaît peu à peu de notre pays. Très bientôt, nous ne serons plus spécialisés que dans le service et dans le commerce, mais y aura t-il de la place pour tout le monde ? Qui sera en mesure d’acheter les produits provenant d’ailleurs dans la mesure où nous manquerons de travail et donc de ressources ? Nos usine, nos bassins de production se transforment petit à petit en musés du travail (chaussure, habillement, sidérurgie et bientôt automobile…). Avec les délocalisations généralisées de la production de biens, c’est toute l’organisation de la société qui est remise en question. Globalement, nous allons assister à une organisation mondiale basée sur une spécialisations par pays si chère aux économies planifiées telle que pratiquée par l’ex. URSSS.

Pour les jeune et les étudiants, une autre conséquence concerne les cursus de formation qui sont obligés de « s’adapter » en proposant de nouvelles filières dans le commerce et les services uniquement. Mais comme il est de plus en plus difficile de trouver un premier emploi stable, le travail manquant, le chômage ne cesse d’augmenter ainsi que le temps pour trouver un premier emploi. Si nous abandonnons l’apprentissage des savoirs faire, que serons nous capable de faire ? Parler, organiser, vendre uniquement ? Nous allons inexorablement assister à un appauvrissement intellectuel et manuel de toute la société.

Et au final, pour le consommateur, la délocalisation ne s’accompagnant pas forcément d’une stagnation et encore moins d’une baisse des prix flagrante, rien ne change sauf que sa frustration grandit de jour en jour car il voit bien qu’il n’a plus trop de choix et qu’il est contraint de n’acheter que des produits importés.

En définitive, il n’a pas d’autre choix que de creuser sa propre tombe !

Pourquoi est-ce une fatalité ?

Nous l’avons vu, la délocalisation bénéficie en premier lieu non seulement aux dirigeants mais aussi et surtout aux actionnaires qui recherchent la rentabilité la plus grande à leurs investissements.

Peut-on imaginer que brusquement les actionnaires soient pris de remords et par esprit de solidarité et d’équité  acceptent de revoir leur position sur la rentabilité attendue de leur placements ? Non bien entendu, ce genre de considération s’applique aux « gens de peu » mais est incompatible avec leur raisonnement économique. On ne devient pas riche en partageant ses gains !

Dans ces conditions comment ce phénomène peut-il s’arrêter ?

Dans un pays comme la France, les citoyens sont représentés par un gouvernement qui est en principe censé garantir un fonctionnement de la société civile dans le respect de l’intérêt général. En réalité, que se passe t-il ? Le gouvernement a t-il la volonté et la possibilité de contrôler les agissements des grandes multinationales ?  Si on se remémore les propos de Lionel Jospin alors premier ministre d’un gouvernement socialiste, (socialiste, donc en principe plus enclin à favoriser l’intérêt général par rapport aux intérêts privés) «…l’état ne peut pas tout…»,  on peut en douter.

Donc ne nous berçons pas d’illusions, les délocalisations sont dans la logique du libéralisme anglo-saxon, il ne faut pas contraindre les marchés, mais du coup ce sont les marchés qui nous contraignent. Aujourd’hui, nous n’avons plus qu’une valeur à mettre en avant dans nos sociétés : l’argent et la recherche de son accumulation maximale. Résultat : Les possédants s’enrichissent de plus en plus et les pauvres s’appauvrissent de plus en plus. C’est une logique contre laquelle on ne peut plus rien car ces grands décideurs ont même le pouvoir, grâce aux médias, qu’ils contrôlent d’agir sur nos esprits. Rappellez-vous la déclaration de M. Le Lay PdG de TF1 : « … A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit,  or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible …». CQFD !

Le mécanisme des délocalisations vise donc à accroître l’enrichissement des dirigeants et des actionnaires. Cet enrichissement est basé sur l’accroissement de la marge réalisée lors de la vente des biens de consommation et l’accroissement de la marge est faite en rognant sur les coûts de fabrication, donc le coût de la main d’œuvre.

On vous le dit, on vous le répète, «…les employés en France coûtent trop cher à l’entreprise ! ». Mais bien sûr, tu as raison Léon ! Que dirait cette même personne si elle devait boucler ses fins de mois avec comme unique ressource le SMIC (soit 7 € net par heure en 2012) ?

A force de marteler ce type de propos à longueur de médias, les gens finissent par admettre que le travail de fabrication, le travail manuel ne doit pas coûter cher et par conséquent n’a que très peu de valeur, au sens éthique du terme. S’il y a un axe de recherche à trouver pour tenter d’enrayer la tendance, la revalorisation du travail manuel en est un. Qui a t-il de moins noble à savoir fabriquer  un produit qu’à le commercialiser ?

Et si on proposait un modèle permettant de valoriser le travail manuel en instaurant une une règle qui rééquilibre les postes production et commercialisation ?

PP/C : Une solution pour enrayer le phénomène ?

Lorsqu’on analyse la structuration du prix de vente des biens fabriqués on constate que, comme cela a été indiqué dans les paragraphes précédents, ce prix est principalement constitué :

  1. du coût de la matière première,
  2. du coût de la main d’œuvre pour transformer la matière première en produit fini,
  3. du coût administratifs de l’entreprise,
  4. du coût de la recherche et provisions pour investissements,
  5. marge bénéficiaire du fabriquant
  6. marge commerciale du distributeur

Avec la délocalisation, les dirigeants cherchent avant tout à diminuer le poste 2 (coût de la main d’œuvre) au profit de la marge bénéficiaire du fabricant et de la marge de commercialisation.

Dans tous les cas, le consommateur doit payer la marge du fabricant et la marge du distributeur.

Si on analyse les principaux biens de consommation importés, les ratios sont les suivants :

On le voit, dans un produit importé, le prix de vente est beaucoup plus conditionné par la marge du distributeur que par la marge du constructeur.  En d’autres termes, ce qui coûte le plus cher dans un produit, c’est sa commercialisation et non sa fabrication.

Je propose un principe qui donne autant (voire plus) d’importance à la fabrication qu’à la commercialisation. Son nom : « Primat de la production sur le commerce (PP/C) ».

Principes de base de ce nouveau modèle :

PP/C : Primat de la Production sur le Commerce.

 Principe de gestion d’une entreprise de production de biens basé sur le fait que dans le prix de vente d’un produit, la marge de commercialisation(de distribution) n’est jamais supérieure à la marge de l’usine.
Ce principe a pour but d’éviter que le simple travail de revente soit plus rémunérateur que le travail de création.
=> Il permet de favoriser la création d’entreprises de production (exploitations agricoles et de pêche, ateliers, usines,…) dans tous les pays y compris dans nos pays désindustrialisés.
=> Il a  un effet bénéfique sur la diminution des prix de vente au public.

Pour respecter ce principe, le prix de vente public sera déterminé par le fabriquant et non par le distributeur. Par conséquent, le fabricant devra être en mesure de vendre ses productions au(x) distributeur(s) tout comme au grand public.

Pour d’éviter que le travail de revente soit plus rémunérateur que le travail de production et que les prix de vente au public ne soient trop élevés, le calcul de la marge du revendeur est basée sur la marge du constructeur et non sur le prix total du produit.

Le principe est très simple : Une fois qu’il à déterminé son seuil de rentabilité rapporté à la pièce, le fabricant déterminera la marge de distribution et donc le prix public de vente des ses produits en multipliant par 2 sa propre marge. Par marge on entend la plus-value qui est nécessaire pour payer : les salaires, et tous les coûts de fonctionnement le l’entreprise.

Ainsi nous aurons :

La marge du distributeur, représentée dans la formule précédente, correspond à la marge maximale que pourra obtenir un revendeur/distributeur. La grandeur de cette marge est déterminée par le fabricant et variera en fonction de la quantité de biens achetés. Plus la commande sera importante, plus la marge sera importante mais en aucun cas elle ne devra dépasser la marge du fabriquant. C’est la condition sine qua none pour valoriser le travail de conception et de fabrication.

Le schéma ci-dessous montre la progressivité de la marge du distributeur en fonction des quantités commandées.

Représentation du modèle PP/C  :

Légende :

PVP = Prix de vente public
MDn = Marge distributeur
MU-cn = Marge commerciale Usine
MU-b = Marge de base Usine
MO = Main d’œuvre
PR = Prix de reviens

Si ce principe est mis en œuvre le fabriquant n’est plus « obligé » de délocaliser sa production vers des pays où la main d’œuvre est bon marché car sa marge est garantie et si en plus il assure la fonction de distributeur, il obtient une rentabilité très élevée de son entreprise.  Je dirais même que si l’on veut que le système fonctionne à 100 %, il est nécessaire que le fabriquant accepte de vendre ses produits directement aux consommateur car de cette façon il fixe le prix de vente public et contraint les distributeur à rester dans les bornes qu’il a défini.

Ce principe n’est peut-être pas le seul permettant de contrer le phénomène des délocalisations mais en tout les cas il en est un qui permet d’assurer une existence honorable aux entreprises de production de biens. C’est ce principe que je vais tenter de mettre en œuvre dans ma prochaine activité.

Marcel Pérès

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